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Le journal de Christian Maes

Retour sur un désastre politique : la disparition d'un "socialisme" municipal roubaisien

10 Avril 2014 , Rédigé par Christian Maes

Parler de désastre serait-il exagéré ? Non car d’une crise profonde de la société roubaisienne inscrite elle-même dans une crise nationale économique et identitaire, il ne pouvait arriver qu’une crise de la représentation politique municipale sans précédent. Témoin direct depuis 20 ans de la vie municipale tant d’un point de vue politique que professionnel, je propose quelques réflexions sur une plus longue durée des causes de la situation actuelle.

Depuis la libération Roubaix a toujours été dirigée plus ou moins par des coalitions socialo centristes où dominait la SFIO, en rupture nette avec les communistes, y compris en 1959 avec les gaullistes ! Dans cette ville ouvrière, fortement influencée par le patronat textile et le catholicisme paternaliste et social, les réalisations sociales furent nombreuses et marquent une forte identité locale.

La crise du textile, la présence importante d’une immigration de première génération tant européenne que magrébine, dont beaucoup de harkis, ont pour reflet une double rupture de cette tradition municipale : 1977, Roubaix est dirigé par une coalition d’union de la gauche, excluant toute alliance centriste et le maire Pierre Prouvost entame de grands projets qui n’aboutiront qu’en partie ; 1983, le pouvoir municipal tombe dans les mains, dès le premier tour, de la droite unie majoritairement modérée d’André Diligent ancien adjoint d’un maire socialiste mettant fin à la parenthèse d’une gauche forte.

Idéologiquement chrétien démocrate, personnalité politique il jette les bases d’une gestion sociale visant d’une part à défendre au sein de la communauté urbaine les intérêts du versant Nord-Est, dans une certaine continuité avec Pierre Prouvost en privilégiant le compromis musclé avec Pierre Mauroy, et d’autre part un achat de la paix sociale dans les quartiers par la promotion de jeunes roubaisiens et d’associations issus notamment de l’immigration.

Le courant socialiste va se diviser puisque qu’une partie des militants ou sympathisants, issue souvent du rocardisme commence à rejoindre et à participer à la municipalité UDF comme Robert Caillaux ou Pierre Dubois.

C’est en 1995 que le « socialisme » roubaisien tente de reprendre la direction de la ville dans une liste conduite par Bernard Carton clairement d’Union de la Gauche (PS, Verts avec Marie Blandin, PCF, MRC) et avec un programme plus nettement républicain et laïque. La victoire de 300 voix de la liste de droite de Vandierendonck, successeur UDF adoubé par Diligent, marque, à mon avis, un tournant décisif pour le PS roubaisien.

Se met alors peu à peu en place une vision gestionnaire, d’alignement systématique sur la communauté urbaine, un humanisme de bonne conscience, une vision communautariste qui va assigner à la ville de Roubaix le rôle d’accueil et d’assistanat des couches de population défavorisée, de l’immigration et du regroupement familial, avec pour corollaire une manne financière revendiquée par le maire plus à l’aise à manier la sébille qu’à analyser politiquement les causes du déclin économique, social et culturel et les tensions urbaines qui en découlent.

C’est à partir de 2001 que la crise roubaisienne latente s’aggrave. R. Vandierendonck rejoint par opportunisme le parti socialiste affaibli, minoritaire et sans projet et lui impose ainsi qu’à ses alliés une dérive gestionnaire et complaisante, paradoxalement autoritaire, qui masque peu à peu la réalité sociale du vécu des roubaisiens et l’identité historique d’une ville populaire et ouvrière.

Puis après 2008, une partie de la gauche rejetée dans l’opposition, le socialisme roubaisien a pratiquement disparu et se maintient sous une forme clientéliste, ambigüe sur les questions laïques, favorisant les lobbies et pratiquant la discrimination positive qui conduit aux dérives communautaristes dans les quartiers et à une société éclatée.

Cet aveuglement face à la réalité, cet abandon d’un projet autonome de redressement social alors que la crise, bien réelle, du modèle républicain de fraternité, de lutte sociale, d’égalité disparait, aura pour conséquence l’éclatement de la gauche et notamment du Parti socialiste, un refuge massif dans l’abstention politique, une exigence identitaire au travers du vote des couches moyennes traditionnelles vers le Front National y compris au deuxième tour. Les tristes tentatives d’arrangement, sans contenu politique, au deuxième tour ne pouvait que conduire à la victoire par défaut d’une droite très identifiée.

Cette lente déliquescence du socialisme remonte donc à bien loin. Pierre Dubois, ce maire non élu, incapable de comprendre le cadeau empoisonné de son prédécesseur fait payer aux roubaisiens, à la gauche et à son parti une lourde note de frais : le désintérêt, le rejet, l’exaspération, la désespérance traduit par « on n’est plus chez nous…» aggravé il est vrai par une politique nationale désastreuse soumise à Bruxelles, un peu comme Roubaix soumis à la CUDL et aux dotations.

Peut être est ce l’occasion qu’apparaissent de nouveaux talents politiques pour reconstruire une Gauche républicaine de combat !

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