Journal d'août 2013
Jeudi 1er août — Le moins que l’on puisse dire est que le décès de Pierre Prouvost, maire de Roubaix de 1977 à 1983 n’a guère suscité de commentaires et peu furent les propos bienveillants sauf ceux obligés du jour des funérailles à l’assistance clairsemée. Quelques mots d’hommage de ma part sur un réseau social ont suscité des réactions contestant le bilan de cette période. Pourtant cette période fut extraordinaire dans le sens où la municipalité, contrairement au passé et à l’avenir fut réellement d’union de la gauche sans ambigüité. Pas d’alliance avec la droite démocrate chrétienne qui sévissait depuis plus de 20 ans. Cette rupture due à la vague de 1977 qui porta cette gauche du programme commun aux commandes de nombreuses villes fut hélas une parenthèse. Cela n’empêche nullement de regarder objectivement et positivement cette volonté de réformes sociales et culturelles qui anima ces villes de gauche durant cette période.
C’est à cette époque, adjoint au maire de Tourcoing, que j’ai connu plus particulièrement Pierre P. Nous avions gagné les élections de 1977 sur la droite gaulliste qui régnait depuis 18 ans. Ce qui m’avait frappé lors de quelques rencontres ce sont ses certitudes, une forme d’autorité quelquefois désagréable et sa vision d’une métropole bipolaire qui le conduisait sans doute à négliger l’apport de ses voisins. Il est certain cependant que si nous avions été réélus et avions pu poursuivre cette politique d’union, la métropole n’aurait sans doute pas le visage actuel.
Jeudi 2 août — Décidément pour certains ce qui restent de la municipalité de Pierre P. c’est Diligent et sa victoire au premier tour en 1983. Nous ne pensions pas que c’était le début d’une politique qui, dominée par l’idéologie sociale chrétienne allait conduire Roubaix au déclin social, à la pauvreté, au communautarisme. Les effets de manche d’André Diligent face à Pierre Mauroy ont malheureusement masqué ce laissez faire.
La seule occasion malheureusement manquée d’un espoir de renouveau progressiste fut les municipales de1995 lorsque Bernard Carton conduisit la liste d’union PS-PCF-MDC-Verts-PRG à laquelle je participais, liste qui fut battue de 300 voix !
Vendredi 3 août — Le Président Hollande poursuit sa déambulation. Il veut montrer qu’il sait « faire président », chemise, cravate cela doit en imposer aux foules et redonner confiance dans la reprise économique parait-il imminente. Les gens à défaut de se gaver de promesses s’emplissent de soleil à longueur de journaux télévisés ; Vivent le pantacourt et le marcel. Pourquoi cette période me semble être le reflet d’un insondable déclin de la volonté nationale et du triomphe de l’individualisme égoïste ?
Samedi 4 août — Douce France (chanson connue) ; un journal publie le classement des personnalités les plus appréciées des français. Qui est le premier ? Un politique ? — vous vous moquez ! Un scientifique ? — bien sûr que non ! Un grand écrivain ? — Il n’y en a plus ! Bernard-Henri Levy ? — c’est qui ? Mais c’est un chanteur, enfin, mais parait-il qu’il ne chante plus. « Au moins ce n’est pas un étranger ? » me dit Madame Schloki. Mais non c’est Jean-Jacques Goldman… — vous avez dit qui ? Goldman !
Lundi 7 août — La caravane de Debout la République sera dans le Nord demain. Les jeunes militants m’ont invité à les rencontrer. Ils préparent les élections européennes de 2014 avec conviction et espoir que les patriotes feront un bon score. Sans doute se souviennent-ils que je participais à la liste « Grand Nord Ouest » en 2009. Nicolas Dupont Aignan nous fit d’ailleurs l’amitié de venir à Roubaix et de rencontrer la population sur le marché du Nouveau Roubaix. Bien que Chevènement et le MRC avaient renoncé contre toute logique à s’impliquer dans ces élections préférant, notamment dans le Nord, attendre en complète contradiction politique sur l’Europe, que le PS leur offre une place, ma participation à DLR fut très mal perçue par certains citoyens du MRC nordiste, le programme de DLR étant pourtant en complète cohérence avec les positions chevènementistes.
Aujourd’hui je pense que ma place est dans un soutien affirmé à l’action de rassemblement patriotique, républicain pour le redressement de la France qu’incarne Dupont Aignan.
Mardi 6 août — Beaucoup pensait que la loi de mars 2004 sur l’interdiction du port ostensible de signes religieux à l’école s’appliquait également sur les bancs de nos universités. Le rapport du Haut Conseil à l’intégration vient nous rappeler opportunément qu’il n’en est rien et que les incidents ont été nombreux dépassant le seul port du voile dans nos amphis et autres laboratoires ! Il est donc demandé l’extension de la loi au supérieur devant les revendications identitaires et communautaristes.
On voit déjà les objections : pas de stigmatisation, l’université est un lieu de tolérance et de débat… Il n’y pourtant pas à tergiverser car si il y a bien un lieu où le principe républicain de laïcité doit être appliqué c’est bien là où sont formés nos hypothétiques élites républicaines. Imagine-t-on qu’une faculté de médecine autorise le port du voile en son sein comment alors exiger ensuite que je ne serai pas accueilli dans un hôpital par un médecin, une infirmière, un personnel soignant qui m’imposera son style.
Une loi est nécessaire, c’est urgent mais quand on pense aux atermoiements de Lionel Jospin à l’époque, le gouvernement socialiste actuel aura-t-il ce courage ?
Mercredi 7 août — Le journal Nord Eclair nous donne à lire l’étonnant article d’une journaliste du New York Times sur l’intégration réussie des musulmans à Roubaix contrairement à ce qui se passe dans d’autres villes françaises. Laissons la responsabilité à l’inculture de cette journaliste américaine quant aux principes républicains laïques qui sont la règle en France. Mais le plus grave en la circonstance c’est que certains musulmans seront confortés dans leur vision communautariste du vivre ensemble. A contrario cela valide mon opposition totale et ancienne à la politique multiculturaliste des maires de Roubaix depuis 20 ans. Elle s’est encore amplifiée ces dernières années. Cette politique qui a pour but de favoriser le plus possible le développement de l’Islam au nom d’un soit disant équilibre de traitement entre les religions à Roubaix est contraire à l’égalité républicaine par la laïcité et l’assimilation. Elle a produit l’inverse du souhait d’intégration par un repli protecteur communautaire. A Roubaix aujourd’hui le vivre ensemble c’est vivre selon certaines pratiques religieuses qui imposent peu ou prou une domination. Au lobby juif (qui n’a jamais existé à Roubaix) dénoncé lors d’un défilé contre la venue du chanteur Enrico Macias, il semble aujourd’hui que l’existence d’un lobby musulman influence la majorité municipale incapable de prendre de la hauteur et de tenir un discours pédagogique d’une vraie laïcité. Cela ne rend pas service aux roubaisiens et à l’image de la ville.
Jeudi 8 août — Je reçois les photos du rassemblement de 6000 musulmans dans un parc public de Roubaix pour la prière de la fin du ramadan. Pourquoi ce malaise ? Sans doute en raison du souvenir que j’ai d’un photomontage d’un tract du Front National à l’occasion des élections municipales où ce parti frôlait les 30%, il y a une vingtaine d’année montrant une foule rassemblée pour la prière sur le parvis de l’Hôtel de ville ! On vous l’avait bien dit s’exclameraient-ils aujourd’hui !
Ce qui est gênant ce n’est évidemment pas la liberté intangible de la pratique cultuelle mais l’occupation ostensible de l’espace public dans un quartier, celui de l’Epeule où le commerce traditionnel a disparu, où vient de s’installer un supermarché hallal (le deuxième en France en lieu et place d’un « Match ») et où l’homogénéité ethnique, sociale et économique s’impose de plus en plus. Et on s’étonnera qu’un jeune du quartier hors de ses références puisse affronter ailleurs la réalité citoyenne de notre pays et trouver un emploi, une vie sociale et familiale équilibrée.
Vendredi 9 août ; Doudeauville — je croise le maire (divers droite) qui sort de l’école. Il vient clore la petite fête de fin du camp de vacances dont il est très fier d’autant plus que le village vient d’atteindre 500 habitants ! Le conseil municipal va passer de 11 à 15 élus ! Va-t-il se représenter ? Va –t-il y avoir une deuxième liste concurrente ? On en parle mais toujours de manière détournée avec un certain goût du secret
Je ne peux m’empêcher de l’interroger sur l’application des rythmes scolaires dans la commune. « On verra l’année prochaine, me dit-il, d’ici là on aura peut être changé de ministre ! Et puis cela va coûter à la commune ! D’ailleurs une seule à la communauté de commune a opté pour 2013 ! Et le ramassage scolaire du regroupement pédagogique !... ». Tout est dit.
Vendredi 16 août, Doudeauville — J’essaie en vain d’envoyer par courriel le texte de mon groupe pour le journal municipal (Roubaix mag), sans doute que le site de la mairie est en vacances ! A moins que la connexion, trop souvent aléatoire, depuis ma campagne ne fonctionne pas… Difficile de trouver le sujet qui sera d’actualité puisque le journal ne paraîtra qu’à la mi-septembre. Il y a un côté un peu formel à cette page réservée aux sensibilités politiques du conseil municipal.
Je parlerai donc de la rentrée scolaire et de la réforme des rythmes que nous a imposée le maire ainsi que des insuffisances de la politique locale à la veille des élections municipales, en voici le contenu, « entre résignation et espoir » :
« Malgré les réticences et les propositions d’élus d’opposition, de nombreux parents et d’enseignants, le maire a décidé de modifier profondément à cette rentrée les rythmes scolaires. Une modification des horaires et de l’organisation avec des embauches intempestives et pour un coût exorbitant de 5.5 millions d’€ ne conduira pas à de meilleurs résultats en matière de réussite scolaire. La négociation avec le ministère pour l’ouverture de classes de petits en école maternelle — contrepartie logique à l’engagement de la ville dans le dispositif dès 2013 — n’a pas été menée et c’est plusieurs centaines d’enfants qui ne trouveront pas de place. A cela s’ajoute une confusion totale entre le péri éducatif (clubs, garderies et autres amusements..) et la seule réalité qui vaille, celle de l’instruction et des apprentissages. Il faudra sans doute revenir en 2014 sur cette onéreuse et inefficace « usine à gaz » pompeusement appelé « projet éducatif global ».
Une véritable réflexion fondée sur une étude et une évaluation précise de la réalité scolaire aurait dû être débattues par tous. C’était un préalable, je l’avais demandé.
Hélas, dans ce domaine comme dans tant d’autres, laïcité, sécurité, emploi, Roms, immigration, montée des tensions et des revendications identitaires le maire prisonnier d’une idéologie du compromis social, de l’adaptation européiste et libre échangiste dominée par l’assistanat généralisé, —fonction dévolue par les socialistes de la CUDL à la ville de Roubaix — n’a pas apporté les réponses politiques indispensables. Les municipales approchent ; espérons qu’une nouvelle offre politique exigeante de redressement se fasse jour. »
Samedi 17 août, Doudeauville — Un message de Richard O. m’apprend que le peintre roubaisien Heretenski est brutalement décédé. Personnage attachant comme artiste engagé et très présent dans la vie publique roubaisienne. Deux faits me remontent à l’esprit.
La première fois que je l’ai rencontré c’est à l’occasion de la première conférence de presse du MDC (Mouvement des Citoyens) que nous avions tenu dans une salle de la Fédération des amicales laïques avec mon collègue Miroslaw Hatt qui l’avait invité à se joindre à nous. C’était en 1993. Chevènement venait de créer son Mouvement et nous organisions notre comité local qui s’appuyait sur quelques militants issus de l’aile gauche et républicaine du parti socialiste. Nous étions très sérieux et pleins d’espoir et il avait ajouté quelques notes d’humour à cette réunion.
Le deuxième souvenir est celui d’un tableau que je trouvai dans le bureau qui m’avait été attribué après l’élection municipale de 2001. Une peinture qui parait-il, remontait à ce qu’il appelait la période sombre et qui représentait une manifestation ouvrière sur un fond d’usines noircies. Il était relativement de grand format et ne respirait pas une folle gaieté. Je l’ai gardé les sept ans du mandat pour ce qu’il représentait d’attachement au mouvement ouvrier plus que, me semble-t-il, pour sa valeur artistique.
Lundi 19 août — Tiens, le rédacteur de Nord Eclair me qualifie d’ex chevènementiste ! Sans doute est-ce en raison de mes multiples prises de position en soutien au responsable républicain de « l’autre rive » : Nicolas Dupont Aignan, Si, dans les faits j’ai, sans rupture, pris quelques distances avec les positions actuelles du MRC, j’ai comme référence ce que l’on peut qualifier de chevènementisme, c'est-à-dire des convictions profondes fondées sur la souveraineté nationale et populaire, sur la laïcité, sur le progrès social, la laïcité et l’émancipation par la raison et l’instruction. Ce corpus d’idées est le fondement militant de mon groupe dans notre action politique. Je suis donc un républicain de gauche qui porte l’espoir du rassemblement et de l’alliance des patriotes républicains des deux rives. C’est pour cette raison que j’ai créé localement l’association pour une « alliance des républicains ».
En politique quelque soit le niveau, il ne peut y avoir de militantisme sans référence idéologique, sans principes qui forgent l’action quotidienne…
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