Réforme Peillon, mes propositions...
Alors que le prochain conseil municipal de Roubaix du 27 juin va entériner orientations et dépenses pour la mise en place précipitée des nouveaux horaires scolaires, vous trouverez ci dessous mon intervention au conseil d’avril dernier. Tout était dit…
« C’est le grand sujet de ce conseil municipal car il relève des compétences directes de la Ville.
La réforme Peillon et nous.
Je voudrais rappeler en préalable que nous sommes seulement dans l’un des éléments de la loi Peillon, ministre de l’Éducation nationale sur la refondation de l’école qui met l’accent, ce que je partage totalement, sur les savoirs fondamentaux avec priorité à l’école primaire et maternelle de l’instruction.
Il faut le rappeler car on se situe dans un contexte général qui va au-delà des rythmes scolaires et des heures de classe à Roubaix.
Je voudrais aussi rappeler un principe qui est pour moi fondamental. Il y a deux éléments dans l’éducation : il y a l’école et au centre de l’école non pas l’enfant mais le savoir, la culture et la lutte contre la cristallisation des inégalités. C’est là-dessus qu’il faut se fonder pour mener une politique communale en faveur de l’instruction publique et de l’école et pas seulement sur un éventuel bien-être des enfants, certes qui est important mais qui se situe après le moment de la classe et le moment pédagogique.
Sur cette réforme, malheureusement l’État laisse à chacun faire un peu ce qu’il veut. Quand on laisse se disperser toute la Nation, cela m’interroge. C’est en contradiction avec l’exigence d’égalité. Mais cela s’explique dans la proposition du ministre par un gigantesque transfert de charges ; de charges financières mais aussi de charges en matière d’instruction publique !
Je vous rappelle que depuis 1882, et c’est l’une des premières lois de l’école publique dans la République, c’est bien l’État qui prend en charge totalement l’instruction publique et l’enseignement, les villes n’y contribuent que par les locaux. C’est la loi, bien sûr plusieurs choses ont été rajoutées par la suite, mais il faut le rappeler car aujourd’hui, c’est d’une certaine façon remis mis en cause.
Faire une réforme pour que les enfants apprennent mieux, dans de meilleures conditions, conduisait je crois à aller beaucoup plus loin dans les horaires enseignants et augmenter massivement les salaires pour arriver à ce que les enfants retrouvent 27 heures par semaine comme avant et avec des professionnels de l’enseignement. C’était l’opinion du ministre qui a été freinée c’est dommage.
Une précipitation dangereuse.
Sur la question de 2013-2014, malheureusement Monsieur le Maire, je prends acte que vous n’avez pas soumis à votre Conseil municipal la possibilité d’attendre comme d’autres villes l’ont fait. Seuls 20 % des enfants en France seront concernés par cette réforme en 2013. Pourtant, ce n’est pas faute de vous avoir alerté sur votre méthode de travail autoritaire. Votre obstination est une erreur, j’espère que dans les mois qui viennent cela ne se transformera pas en faute politique.
Nous actons donc, nous sommes bien obligés, puisque l’échéance était fin mars, que cela se passera en 2013. Je remarque qu’au départ, il ne devait même pas y avoir de présentation de Monsieur l’adjoint. Il en a fait une quand même, mais je n’ai rien entendu comme explication sur le sujet concret de la délibération : pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? Dans quelles conditions cela a été fait ? J’ai eu un cadre pédagogique mais rien de précis.
Nous n’avons pas eu jusqu’à ce jour d’informations précises, nous, les élus, et encore moins d’autres personnes sur le pourquoi et le comment de ces horaires que vous nous soumettez ce soir.
Pas de bilan, pas d’analyse pour présenter le dossier. Ce dossier est incomplet. On est déjà à l’étape 2 alors que l’étape 1 n’a pas été faite Pas de délibération d’orientation préalable.
On marche sur la tête et en plus on va à l’aveugle, vous voyez la posture !
Il aurait fallu nous soumettre un texte d’orientation incluant le post et le périscolaire dans les perspectives, et là on aurait pu vous suivre ou pas sur un certain nombre de propositions.
On ne sait pas quel sera l’encadrement, on ne connaît pas les finances, sans oublier l’enseignement privé qui fait ce qu’il veut. Dans ces circonstances, il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de concurrence déloyale ; il faut harmoniser le tout et savoir si cela va nous coûter. On travaille dans l’urgence. Ce n’est pas sain. Je le regrette profondément étant partisan de cette réforme.
Concernant la concertation, ne tournons pas autour du pot, Monsieur le Maire : il n’y a pas eu de concertation ! Pas du tout, ou alors s’il y a eu concertation et je lis ce qui est écrit dans un document interne de la mairie qui a été soumis au CTP : « La majorité municipale a décidé, après concertation avec l’Éducation Nationale, les directeurs académiques, les inspecteurs de l’Éducation nationale, les directeurs d’écoles de mettre en mettre œuvre la réforme à la rentrée 2013 ».
C’est un document officiel. Cela veut dire que vous avez discuté avec la hiérarchie de l’Éducation nationale qui forcément, et j’en sais quelque chose pour en avoir fait partie, va relayer les intentions du ministre pour que cela se fasse en 2013, pour une réussite politique, et c’est bien compréhensible.
Le manque de débat est total. C’est ce qui pêche aujourd’hui, je le regrette profondément.
En appliquant la réforme en 2013, vous n’avez pas non plus établi un rapport de force avec l’État. Établir un rapport de force, c’est demander à l’État combien de classes le ministre va ouvrir pour les 2-3 ans à Roubaix pour passer en 2013, et, ce, pour ajuster le projet, ajuster ce que l’on fait sur place. Cela n’a pas été fait dans ce sens, c’est dommage.
Cela n’a pas été non plus soumis à discussion avec les syndicats enseignants, les fédérations de parents d’élèves, les associations de parents d’élèves, les associations de culture populaire, les Conseils de quartiers, voire les Comités.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? La réforme n’a même pas été présentée en totalité aux élus, comment voulez-vous que nous prenions une décision politique ? Il revient en dernier ressort, à nous autres, au Conseil municipal, de prendre la décision, mais nous n’avons même pas eu le Power point de présentation inabouti de M. l’adjoint de la dernière Commission sur table alors qu’il devait nous être fourni !
Sur le texte de la délibération elle-même, je pense qu’il est judicieux puisque l’on ne peut plus revenir sur 2014, de reporter cette délibération à un Conseil municipal spécial s’il le faut, qui pourrait se situer fin mai. Car si l’on regarde cette grille qui a été avalisée, discutée certainement avec les inspecteurs, Monsieur l’adjoint, je ne vous fais pas ce procès-là, mais quand même, quand on veut faire compliqué, pourquoi faire simple ! Quel esprit génial a décidé, sans doute M. Tizaghti, tout seul, que l’on va commencer à 8h15 ? Pourquoi ne pas maintenir 3h30 le matin et 4h le mercredi ? C’est-à-dire chambouler de façon très importante les rythmes, les habitudes, les points de repère scolaires qui existaient dans cette Ville. Sans doute, y a-t-il de bonnes raisons, mais on ne les connaît pas. Je ne partage pas cela.
Le mercredi au lieu du samedi, les villes en discutent en a-t-on discuté ici ? Non. On n’en a discuté avec personne. Les horaires différents suivant les jours où les heures du soir, là aussi pas de discussion et rien sur la période cruciale qui se situe entre 15h15 et 16h30.
Mes propositions.
Avant d’en terminer, je voudrais faire un certain nombre de propositions, Monsieur le Maire ; le sujet méritait d’être précis.
1° – Je crois qu’il faut rendre quasi obligatoire, ou du moins mettre les conditions d’une obligation de la présence des élèves et des enfants jusqu’à 16h30. Il faut trouver les modalités, les parents qui ne le souhaiteront pas ne le feront pas, et faire appel à un encadrement professionnel, soit avec des instituteurs payés en heures supplémentaires soit avec des professeurs du secondaire qui pourraient intervenir avec leur savoir-faire, voire des professeurs de nos institutions, genre Conservatoire. Il faut, à l’image de la ville de Paris, avoir des sortes de professeurs municipaux, pour continuer l’encadrement. Et ne venons pas nous dire que l’on va « fatiguer nos élèves », mais non, on ne va pas les fatiguer car si c’est pour mettre des élèves dans un camp de vacances ou dans la cour ou n’importe où avec un encadrement aléatoire, ils seront encore plus fatigués et plus stressés qu’avec une situation d’encadrement plus pédagogique, sur des disciplines qui relèvent plus des arts, de la culture si nécessaire dans cette Ville.
2° – je propose de labelliser les associations qui feront du périscolaire sur deux principes : encadrement reconnu et laïcité.
3° – sur le financement, je propose, sauf démonstration contraire, compte tenu des coûts énormes que cela va poser à la Ville qui n’a pas les moyens de faire face, que vous rebâtissiez un projet sur la base actuelle du financement de l’ensemble des structures et associations du périscolaire sans mettre un sou de plus ; des villes se sont engagées dans cette voie, il faut étudier cette façon de faire. Nous verrons si cela est possible dans de bonnes conditions.
4° – Je vous incite à discuter d’ores et déjà avec le privé, j’en ai parlé tout à l’heure.
5° – Je vous propose de prendre une délibération générale sur le schéma directeur après une large concertation et des réunions publiques courant mai pour avoir le temps de prévenir l’inspection académique. Je pense qu’il n’y a pas urgence ce soir à voter un projet qui peut attendre quand même deux mois de concertation, deux mois de mise au point dans le sens et dans les propositions que je viens de faire et que, je l’espère, vous suivrez.
***
Il faut agir pour que les multiples intérêts particuliers se fassent jour et décider dans l’intérêt général. Je sais que la concertation n’est pas facile à ce sujet, et que la décision sera d’autant plus importante qu’elle s’appuiera sur une concertation pour que vous puissiez trancher, Monsieur le Maire, avec le Conseil municipal en toute connaissance de cause.
Si vous maintenez votre délibération en l’état, à mon grand regret, mon groupe ne la votera pas. »
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